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Canisfera
Eurasier adulte, debout, de profil

Eurasier

Voici une race dont on connaît la date de naissance, l'auteur et l'intention. Elle a été créée en **1960** par un homme, Julius Wipfel, en croisant un chow-chow avec un spitz loup, puis en apportant du samoyède. Et là où presque tous les standards de la FCI attribuent à leur race un travail — la garde, la chasse, le troupeau —, celui de l'eurasier tient en trois mots à la rubrique « utilisation » : **chien de compagnie**. Le texte décrit ensuite un animal « fier, calme, bien équilibré », « vigilant et attentif sans être bruyant », et « d'un attachement très marqué envers la famille de ses maîtres ».

Au programme : le standard FCI n° 291 et la seule race de ce site dont la fonction déclarée est d'être un chien de famille, les 2 375 inscriptions au LOF en 2025 dans un groupe qui perd 9 %, la maladie neurologique propre à la race — son gène, son test et le pronostic réel, que presque personne ne donne —, les dépistages exigés par les clubs, les rations calculées et le budget.

Écrit par Yanis M.Relu par Sarah Decellas, ASVMis à jour le 1er septembre 202613 min de lecture

Coup de cœur— le compteur de lecteurs arrive prochainement
Poids adulte22–30 kg (mâle)[1]
Espérance de vie12 à 14 ans (indicatif)
Prix d'un chiot1 300–1 900 € (indicatif)
Budget annuel1 060–2 030 €

L'essentiel

Pour qui ?

Une maison où il y a du monde

Il a été fait pour vivre dedans, avec vous. Réservé dehors, expansif à la maison, il supporte très mal d'être tenu à l'écart.

Combien d'activité ?

Une heure à une heure trente

Des promenades régulières plutôt que du sport. Il aime marcher longtemps et déteste être pressé.

Quoi surveiller ?

Un test ADN, trois dépistages

Le test de l'ataxie du cervelet sur les parents, plus hanches, coudes et yeux. Le reste tient à l'hygiène de vie.

Tableau d'identité

CritèreMâleFemelleSource
Espérance de vie12–14 ans
Prix d'un chiot1 300–1 900 €
Activité quotidienne1 h à 1 h 30
Pays d’origineAllemagne[1]
Fonction historiqueChien de compagnie[1]
Type de poilSous-poil épais et poil de couverture mi-long, court sur le museau, la face et les membres[1]
Tempérament selon le standardFier, calme, équilibré, seuil de réaction élevé, vigilant sans être bruyant
Taille au garrot52–60 cm48–56 cm[1]
Poids22–30 kg18–26 kg[1]
couleursToutes les couleurs et combinaisons admises, sauf le blanc pur et la robe pie[1]
Groupe FCI5 · section 5[1]

Standard FCI n° 291, publié le 4 septembre 2019 — relevé le 1er septembre 2026.Consulter le standard

Origines et histoire

Peu de races peuvent produire leur acte de naissance. Celle-ci le peut, et il tient dans deux phrases de son standard officiel : « Par le croisement d’un chow-chow avec un spitz loup fut créée en 1960 une nouvelle race canine du nom de “Wolf-Chow”. Après des croisements avec des samoyèdes, la race fut reconnue par la FCI sous le nom d‘“Eurasier”. » Le texte ajoute une mention rare : « Le fondateur de la race est Julius Wipfel. »

Trois ingrédients, donc, et une intention :

  • le chow-chow, pour la réserve, la dignité et le manteau ;
  • le spitz loup, pour l’équilibre, la vigilance et la robustesse ;
  • le samoyède, apporté ensuite pour ouvrir la base génétique et adoucir le caractère.

Le nom lui-même raconte le projet : Eurasier, contraction de l’Europe et de l’Asie, les deux continents d’où viennent ses composants.

Mais l’information la plus intéressante n’est pas dans l’historique, elle est dans la rubrique « utilisation » du même document. Là où les autres standards inscrivent la garde, la chasse ou la conduite du troupeau, celui-ci porte trois mots : chien de compagnie. Aucun travail, aucune épreuve d’aptitude. Cette race a été conçue pour vivre dans une maison, et c’est la seule chose qu’on lui demande.

Sa place en France

Le chiffre 2025 est excellent, et son contexte l’est encore plus.

  • 2 375 chiens inscrits au LOF en 2025, contre 2 306 en 2024 : + 3 %.
  • Le groupe 5 perd 9 % sur la même période, de 18 020 à 16 375 inscriptions.
  • Autour de lui, tout recule : spitz allemand − 12 % (2 666), shiba − 5 % (2 429), samoyède − 7 % (1 274), chow-chow − 23 % (532).

Deux lectures méritent d’être faites. La première : l’eurasier est l’une des rares races de son groupe à progresser, et il se place au troisième rang du groupe 5 en France, juste derrière le spitz allemand et le shiba. La seconde tient de l’ironie généalogique — l’eurasier inscrit aujourd’hui plus de quatre fois plus de chiens que le chow-chow, l’une des deux races qui l’ont fait naître. En France, la race est suivie par le Club français de l’eurasier.

Morphologie et particularités physiques

C’est un spitz de taille moyenne, sans excès nulle part — le standard insiste sur des « proportions harmonieuses » et une ossature « moyennement lourde ».

Point du standardChiffre officiel
Hauteur au garrot, mâle52 à 60 cm
Hauteur au garrot, femelle48 à 56 cm
Poids du mâle22 à 30 kg
Poids de la femelle18 à 26 kg
OreillesDressées, de taille moyenne
PoilSous-poil épais, poil de couverture mi-long ; court sur le museau, la face et les membres
CouleursToutes admises, sauf le blanc pur et la robe pie

Deux points valent d’être soulignés.

La couleur est presque libre. « Toutes les couleurs et toutes les combinaisons de couleurs sont admises excepté le blanc pur et la robe pie », dit le texte. C’est une ouverture rare : fauve, rouge, gris loup, noir, noir et feu, tout est possible, et deux frères de portée peuvent ne pas se ressembler. Les deux seules exclusions — blanc pur et pie — sont d’ailleurs des défauts éliminatoires, pas de simples fautes.

La denture est comptée. Le standard exclut un chien auquel manque une incisive, une canine, une prémolaire 3 ou 4, ou une molaire 1 ou 2. Peu de textes descendent à ce niveau de détail, et on y lit la façon dont la sélection est menée dans cette race : sur la solidité de la construction, pas sur l’apparence seule.

Les autres motifs d’exclusion complètent le tableau : oreilles semi-dressées ou tombantes, entropion, ectropion, queue cassée, anomalies de l’articulé.

Comportement et caractère

Le standard donne une définition en quatre temps : « Fier, calme, bien équilibré avec seuil de réaction élevé ; vigilant et attentif sans être bruyant ; d’un attachement très marqué envers la famille de ses maîtres. »

  • Seuil de réaction élevé. Le déclencher demande beaucoup. Un enfant qui court, une porte qui claque, l’aspirateur : rien de tout cela ne produit d’effet. Ce chien regarde d’abord et bouge ensuite.
  • Vigilant sans être bruyant. Il signale ce qui sort de l’ordinaire, une fois, puis se tait. Les propriétaires d’eurasiers décrivent presque tous la même chose : un aboiement rare, mais qui veut dire quelque chose quand il vient.
  • Fier. Le mot est du standard et il est bien choisi. Ce chien ne demande pas, il propose. Il n’a rien de servile et n’aime pas être commandé à répétition.
  • Attaché à la famille de ses maîtres. Notez la formule : c’est la famille, pas un maître. Un eurasier construit un lien avec l’ensemble du foyer, enfants compris, et distribue son attention.

Côté éducation, il faut abandonner tout de suite deux réflexes. Le premier est la répétition mécanique : ce chien comprend vite et se désintéresse d’un exercice qu’on lui impose dix fois. Le second est la fermeté sèche : un spitz qui se sent contraint ne se rebelle pas, il se ferme, et le lien s’abîme sans bruit. Ce qui fonctionne tient en trois mots — court, varié, agréable.

Un dernier point, qui explique bien des malentendus : l’eurasier n’est pas un chien démonstratif à l’extérieur. Le même animal qui se couche sur vos pieds à la maison peut ignorer superbement un inconnu dans la rue. Ce n’est ni de la tristesse ni de la peur, c’est le tempérament décrit au standard.

Vie sociale : autres chiens, autres animaux, enfants

Avec les enfants du foyer, il est à sa place — c’est même exactement ce pour quoi il a été créé. Son seuil de réaction élevé absorbe le bruit et l’agitation, et sa taille moyenne évite les bousculades des grandes races. La seule règle à poser tôt concerne les enfants : le chien a un endroit à lui, et on ne l’y dérange pas.

Avec les visiteurs, comptez sur une distance polie. Il ne fête pas les inconnus. Prévenez vos invités : on ne tend pas la main, on ne se penche pas au-dessus de lui, on l’ignore. Il viendra de lui-même, souvent au bout de dix minutes.

Avec les autres chiens, l’eurasier est en règle générale neutre et courtois, pour peu qu’on l’ait promené tôt et souvent. Une réserve tout de même, sur la lecture du langage corporel : un chien à queue enroulée et oreilles dressées paraît en permanence sûr de lui, ce qui peut provoquer des malentendus avec des chiens plus expressifs. Choisissez ses fréquentations plutôt que le parc du dimanche.

Avec les chats et les petits animaux, la cohabitation se passe généralement bien lorsqu’elle est installée tôt. Le fond primitif de la race demande simplement qu’on n’improvise pas.

Environnement idéal

Ce chien a une exigence principale, et ce n’est pas une exigence de surface.

  • Il vit dedans, avec vous. C’est le point non négociable. Un eurasier laissé au jardin ou au chenil ne devient pas seulement malheureux : il devient un autre chien, plus distant et plus difficile.
  • L’appartement lui convient, à condition que les sorties soient quotidiennes et réelles. Il est calme à l’intérieur, dort beaucoup et n’abîme rien.
  • Le froid ne lui fait rien. Sous-poil épais, oreilles dressées, queue enroulée : il est équipé. Il apprécie de pouvoir se coucher sur du frais.
  • La chaleur, en revanche, le gêne. De juin à septembre, on décale les sorties au petit matin et au soir, avec de l’ombre et de l’eau fraîche disponibles sans interruption.
  • La solitude prolongée lui pèse. Ce n’est pas un chien de personnes absentes dix heures par jour.

Activité physique et sorties

Une heure à une heure et demie chaque jour, en marche plutôt qu’en course. L’eurasier est un marcheur : il tient la distance sans se plaindre, mais il ne demande pas d’intensité.

Ce qui lui convient :

  • deux ou trois promenades quotidiennes, dont une longue, avec du temps pour explorer ;
  • la randonnée, qu’il adore et supporte très bien grâce à son manteau ;
  • les jeux de flair et les apprentissages courts, qui l’occupent mieux que la dépense pure.

Ce qu’il faut éviter :

  • les sports canins fondés sur la répétition et l’obéissance rapide, où il s’ennuie visiblement ;
  • l’effort par forte chaleur ;
  • la liberté totale en terrain non clos avant que le rappel ne soit solide — son fond de spitz le pousse à s’éloigner et à décider seul.

Une remarque utile : ce chien s’adapte remarquablement au rythme de son foyer. Il accepte une journée calme sans compenser le lendemain par de l’agitation, ce qui n’est pas donné à toutes les races moyennes.

Santé et prédispositions

Cette race a une particularité qu’il faut poser d’emblée : une seule maladie génétique lui appartient en propre, elle est parfaitement identifiée, et un test ADN la règle. Le reste tient à des dépistages classiques que les clubs imposent déjà à leurs reproducteurs.

L’ataxie du cervelet, et son test

En 2015, une équipe de l’université de Berne a identifié la cause d’une ataxie familiale observée dans la race : une délétion d’une seule base du gène VLDLR, notée c.1713delC, qui décale le cadre de lecture et interrompt la protéine. La transmission est autosomique récessive : un chien doit recevoir la version anormale de son père et de sa mère pour être atteint.

Le tableau clinique est celui d’un cervelet incomplètement formé. Les signes apparaissent vers 5 à 6 semaines, au moment où les chiots commencent à se déplacer : balancement du tronc, démarche imprécise, chutes. Certains chiens présentent en plus un nystagmus ou des convulsions.

La conséquence pour l’acheteur est simple et définitive : deux parents testés non porteurs ne peuvent pas produire un chiot atteint. Le test existe, il est proposé par plusieurs laboratoires, et il se demande sous forme de certificat.

Ce que devient un chien atteint

Voici l’information que l’on ne trouve presque nulle part, et elle change tout pour les familles concernées. L’étude clinique de référence a suivi 14 eurasiers atteints, issus de 8 portées, et elle établit trois choses :

  • l’affection n’est pas évolutive — elle ne s’aggrave pas avec le temps, et plusieurs chiens se sont même améliorés en grandissant ;
  • huit chiens ont vécu de 2,8 à 11 ans, décrits par les auteurs comme des animaux de compagnie parfaitement fonctionnels, sans trouble du comportement ;
  • cinq ont été euthanasiés chiots ou au cours de leur première année, les formes sévères existant bel et bien.

La sévérité varie donc énormément, d’un léger défaut d’équilibre à une ataxie franche. Un diagnostic posé chez un chiot n’est pas une sentence : il se discute avec un neurologue vétérinaire, sur la base de ce que le chien fait réellement.

Une fondatrice unique

Le même travail apporte un détail généalogique qui éclaire toute la fiche : tous les cas recensés remontaient à une seule chienne fondatrice. C’est la contrepartie arithmétique d’une race créée en 1960 à partir d’une poignée d’animaux — un variant présent chez un fondateur se retrouve mécaniquement dans une large part de la population soixante ans plus tard.

Ce que vous pouvez en faire concrètement : demander le pedigree sur trois générations et le coefficient de consanguinité de la portée. Un éleveur qui travaille sérieusement ce sujet vous en parlera avant que vous ne posiez la question.

Les dépistages exigés par les clubs

Les sociétés de race imposent à leurs reproducteurs un ensemble d’examens, et c’est une bonne nouvelle : la sélection est encadrée. Réclamez les résultats datés du père et de la mère pour chacun.

  1. Hanches — lecture officielle sur radiographie.
  2. Coudes — même procédure.
  3. Rotules — examen manuel, réalisé sans anesthésie.
  4. Yeux — examen ophtalmologique officiel couvrant notamment le distichiasis, l’entropion, l’ectropion et la gonioscopie.
  5. Thyroïde — bilan sanguin.

L’hypothyroïdie

Puisque le bilan thyroïdien fait partie du panel, un mot sur ce qu’il cherche. L’hypothyroïdie du chien vient dans plus de 95 % des cas d’une destruction de la glande elle-même, par infiltration inflammatoire ou par atrophie. Elle s’installe surtout entre 4 et 10 ans et se manifeste par une léthargie, une prise de poids, et une chute de poil symétrique des flancs.

Le diagnostic commence par un dosage de la T4 totale, dont la sensibilité avoisine 90 %. Le traitement est un comprimé quotidien de lévothyroxine, à donner à jeun, à vie — peu coûteux, très efficace, mais qui suppose une régularité sans faille.

La denture

Rappelons le détail relevé plus haut : le standard exclut les chiens à qui manque une dent parmi une liste précise. Contrôlez la denture de votre chiot entre six et neuf mois, et brossez-la ensuite aussi régulièrement que possible.

AffectionFréquenceDépistageSource
Ataxie du cervelet (DWLM)Maladie propre à la raceUne délétion d'une seule base du gène VLDLR (c.1713delC), de transmission autosomique récessive. Les premiers signes apparaissent vers 5 à 6 semaines, quand le chiot commence à se déplacerTest ADN des deux reproducteurs — il existe et il est concluant[4]
Dysplasies et luxation de la rotuleLes trois examens imposés aux reproducteursLes sociétés de race exigent la lecture officielle des hanches et des coudes, ainsi qu'un examen des rotules réalisé sans anesthésieRéclamer les trois résultats, datés, sur le père et sur la mère[7]
Entropion et ectropionLe standard range l'entropion et l'ectropion parmi les défauts éliminatoires.Les clubs y ajoutent un examen ophtalmologique officiel couvrant le distichiasis et la gonioscopieExamen oculaire officiel des reproducteurs ; paupières sèches et bien appliquées chez le chiot[7]
HypothyroïdieLe bilan thyroïdien figure au panel de dépistage exigé par les clubs.La maladie touche surtout le chien de 4 à 10 ans et se manifeste par une léthargie, une prise de poids et une chute de poil symétrique des flancsDosage de la T4 totale en première intention ; le traitement est un comprimé quotidien, à vie[8]

Entretien et hygiène

Un double manteau demande de la méthode, pas du budget.

  • Brossage courant : une fois par semaine, brosse à picots puis peigne large. Quinze minutes suffisent.
  • Périodes de mue : deux épisodes annuels, l’un au printemps, l’autre à l’arrière-saison, pendant lesquels le sous-poil se détache par touffes durant deux ou trois semaines. Brossage quotidien alors, râteau à sous-poil à l’appui. C’est là que tout se joue : un sous-poil mal retiré feutre et devient un vrai problème.
  • Bain : trois fois par an grand maximum. Ce poil retient peu la saleté et dégage peu d’odeur.
  • Tonte : jamais. Le double manteau protège du chaud comme du froid ; le retirer expose la peau et le poil repousse souvent mal.
  • Oreilles : dressées et bien ventilées, un contrôle mensuel suffit.
  • Griffes et coussinets : coupe toutes les trois à quatre semaines, inspection après les sorties en terrain difficile.

Alimentation et ration

Les rations ci-dessous ne recopient aucune étiquette : elles sont calculées avec la formule des lignes directrices nutritionnelles européennes (FEDIAF, juillet 2024) — besoin quotidien en kcal = coefficient × poids en kg puissance 0,75. Le coefficient vaut 95 pour un chien calme ou stérilisé, 110 pour un chien actif. Les grammages supposent un aliment titrant 380 kcal aux 100 g : si le vôtre est plus riche ou plus pauvre, fiez-vous à la colonne des kilocalories et refaites la division.

Deux remarques propres à cette race :

  • Le poil masque la silhouette. C’est le piège de tous les chiens à manteau fourni : on ne voit pas qu’ils grossissent. Fiez-vous à la main plutôt qu’à l’œil, et pesez le chien chaque trimestre.
  • Un chien traité pour hypothyroïdie a des besoins qui changent. Si le traitement débute, refaites le calcul quelques mois plus tard : le métabolisme se remet en route et le poids bouge.
ProfilBesoin quotidienRationSource
19,8 kg — femelle légère, entretien892 kcal233–237 g[9]
23,9 kg — femelle adulte, entretien1027 kcal268–272 g[9]
23,9 kg — même chienne, randonnées régulières1189 kcal311–315 g[9]
25,8 kg — chien stérilisé, ration de maintien1088 kcal284–288 g[9]
28,9 kg — mâle adulte, entretien1184 kcal310–314 g[9]
28,9 kg — même chien, activité soutenue1371 kcal359–363 g[9]

Calcul : Besoin quotidien (kcal) = coefficient × poids(kg)^0,75. Rations exprimées pour une croquette à380 kcal/100 g —[9]. Vérifiez la densité indiquée sur votre sac : elle change le résultat.

Le chiot

L’eurasier ne s’achète pas dans l’urgence. Les portées sont peu nombreuses, les élevages sélectionnent leurs acquéreurs, et l’attente se compte souvent en mois. C’est une bonne nouvelle déguisée en contrainte.

Ce qu’il faut obtenir avant de réserver :

  • le certificat du test ADN de l’ataxie pour le père et pour la mère ;
  • les résultats datés des dépistages de hanches, de coudes, de rotules, des yeux et de la thyroïde ;
  • le pedigree sur trois générations et le coefficient de consanguinité de la portée ;
  • la certitude que les chiots grandissent dans la maison — une race créée pour la vie de famille ne se prépare pas dans un box.

Et une question à poser sans détour : que fait l’élevage pour la socialisation entre la cinquième et la huitième semaine ? Dans une race réservée, cette période décide de la différence entre un chien qui observe et un chien qui recule.

Depuis le décret du 18 juillet 2022, l’achat d’un chien impose la signature du certificat d’engagement et de connaissance. Il vous est remis par un professionnel titulaire de l’ACACED — éleveur, vétérinaire ou responsable de refuge — et le ministère de l’Agriculture pose une condition qui ne se négocie pas : « la cession de l’animal de compagnie ne peut intervenir moins de 7 jours après la délivrance du certificat ». Sept jours pleins, donc, entre votre signature et l’arrivée du chiot.

  1. 5–8 semaines

    Chez l'éleveur, et sous surveillance : c'est à cet âge que se manifeste l'ataxie du cervelet, dès que les chiots se déplacent. Un chiot qui titube se signale, il ne s'excuse pas.

  2. 2–4 mois

    Fenêtre décisive pour cette race réservée. Chaque semaine sans rencontres nouvelles se paiera en méfiance à l'âge adulte.

  3. 4–10 mois

    Le rappel se construit maintenant, avec du plaisir et jamais sous la contrainte. Un spitz qui se sent forcé se ferme.

  4. 10–24 mois

    Maturité lente et apparition de la réserve envers les inconnus. On continue de sortir, on ne force jamais un contact.

Variantes de race

L’eurasier n’a ni variété officielle, ni taille intermédiaire, ni type régional : un seul standard, une seule taille de référence, une seule race. Ce qui varie beaucoup, en revanche, c’est la robe — et cette variabilité fait partie du texte.

Ce que dit le standard
Couleurs admisesToutes, et toutes les combinaisons
Couleurs excluesLe blanc pur et la robe pie, tous deux éliminatoires
ConséquenceDeux chiots d’une même portée peuvent avoir des robes sans rapport

Il faut en revanche distinguer l’eurasier de ses trois races d’origine, que l’on confond parfois devant une annonce :

  • le chow-chow a la langue bleue, une ossature bien plus lourde et un caractère nettement plus distant ;
  • le spitz loup, ou keeshond, est une variété du spitz allemand et n’existe qu’en gris loup ;
  • le samoyède est blanc — précisément la couleur que le standard de l’eurasier exclut.

Une dernière précision utile : le nom historique « Wolf-Chow », que le standard mentionne, désigne l’étape intermédiaire de la création, avant l’apport du samoyède. Ce n’est pas une race distincte aujourd’hui, et un chien vendu sous ce nom n’existe pas à la nomenclature.

Prix et budget

Chiffres indicatifs. Ce budget est l’un des plus sages de toutes les fiches publiées ici, et trois raisons l’expliquent.

Un gabarit moyen. Vingt-cinq kilos, c’est un coût d’alimentation, de vermifuge et d’anesthésie sans commune mesure avec celui des grandes races. L’alimentation reste sous 720 € par an même avec un aliment de qualité.

Peu de dépenses subies. Pas de chirurgie prévisible par construction, pas de dépistage cardiaque annuel, pas de toilettage professionnel obligatoire — un brossage régulier fait par vous remplace tout le reste. La ligne « entretien du poil » couvre surtout le matériel : brosse à picots, peigne, râteau à sous-poil.

Un test ADN qui ne se paie qu’une fois, et souvent pas par vous. La plupart des élevages sérieux testent déjà leurs reproducteurs et vous remettent les certificats. La ligne budgétaire correspondante ne se déclenche que si vous devez le faire vous-même.

Le vrai investissement de cette race n’est pas financier. C’est du temps : celui des sorties quotidiennes, celui du brossage pendant les mues, et celui de la présence, que cette race réclame plus que n’importe quelle autre dépense.

PosteFourchettePériodicité
Chiot inscrit au LOF1 300 € – 1 900 €une fois
Identification, primo-vaccination, premier bilan150 € – 250 €une fois
Test ADN de l'ataxie, si l'élevage ne le fournit pas60 € – 110 €une fois
Stérilisation ou castration250 € – 500 €une fois
Alimentation420 € – 720 €par an
Vaccins et visite annuelle100 € – 170 €par an
Antiparasitaires110 € – 200 €par an
Entretien du poil, mues comprises90 € – 220 €par an
Assurance santé et réserve pour imprévus340 € – 720 €par an
Première année
2 820 € – 4 790 €
Les années suivantes
1 060 € – 2 030 €

Fourchettes indicatives, relevées sur le marché français : elles varient selon la région, l'élevage et le vétérinaire.

Questions fréquentes

L'eurasier est-il vraiment une race récente ?

Oui, et c'est le point le plus inhabituel de son dossier. Son aperçu historique officiel date sa création de 1960 : « Par le croisement d'un chow-chow avec un spitz loup fut créée en 1960 une nouvelle race canine du nom de Wolf-Chow. Après des croisements avec des samoyèdes, la race fut reconnue par la FCI sous le nom d'Eurasier. » Le texte nomme même son fondateur, Julius Wipfel. Là où la plupart des races se réclament d'un usage ancien et d'une origine floue, celle-ci a une date, un auteur et un cahier des charges. Ce qui rend l'ensemble encore plus singulier, c'est la rubrique « utilisation » du même document : chien de compagnie. Aucun travail, aucune épreuve. La famille est le métier.

Qu'est-ce que l'ataxie du cervelet de l'eurasier ?

C'est la maladie génétique propre à la race, identifiée en 2015. Elle vient d'une délétion d'une seule base du gène VLDLR — la mutation s'écrit c.1713delC — et se transmet sur un mode autosomique récessif : il faut deux copies pour être atteint. Les premiers signes apparaissent vers 5 à 6 semaines, dès que le chiot se déplace : démarche imprécise, balancement du corps, chutes. Le nom scientifique complet, « malformation de type Dandy-Walker », décrit une partie du cervelet qui ne s'est pas formée normalement. Le point qui compte pour un acheteur : un test ADN existe, et deux parents testés non porteurs ne peuvent pas produire de chiot atteint. Demandez les certificats du laboratoire, pas une parole.

Un eurasier atteint peut-il vivre normalement ?

Cette question est rarement traitée, et la réponse mérite d'être connue. L'étude clinique de référence a suivi 14 eurasiers atteints, issus de 8 portées, et elle établit deux choses. D'abord que l'affection n'est pas évolutive : elle ne s'aggrave pas avec l'âge, et plusieurs chiens se sont même améliorés en grandissant. Ensuite que huit d'entre eux ont vécu de 2,8 à 11 ans, décrits par les auteurs comme des animaux de compagnie parfaitement fonctionnels, sans changement de comportement. Cinq chiens ont en revanche été euthanasiés chiots ou dans leur première année. Autrement dit : la sévérité varie beaucoup, et un chiot diagnostiqué se discute avec un neurologue vétérinaire plutôt que sur un forum.

Est-ce un bon chien de famille ?

C'est le seul but pour lequel il a été créé, et son standard le dit sans ambiguïté : « d'un attachement très marqué envers la famille de ses maîtres », avec un « seuil de réaction élevé » et une vigilance « sans être bruyant ». Traduit en vie quotidienne : il ne se met pas en colère pour rien, il n'aboie pas à tout, et il veut être dans la pièce où vous êtes. La contrepartie est réelle. Ce chien ne supporte pas d'être tenu à l'écart : le chenil, le jardin toute la journée, les longues absences répétées lui conviennent mal. Les élevages sérieux élèvent d'ailleurs leurs chiots dans la maison, pas dans un box, et vous demanderont ce que vous comptez faire du vôtre.

Est-il distant avec les étrangers ?

Réservé, oui ; craintif, non — et la nuance est écrite au standard, qui range la peur parmi les défauts éliminatoires. Un eurasier bien né observe un inconnu, prend son temps, puis décide. Il ne se jette pas au cou des visiteurs et n'apprécie pas qu'on lui impose un contact. Deux conséquences pratiques. La première : la socialisation des deux à quatre mois n'est pas facultative dans cette race, c'est elle qui fait la différence entre un chien réservé et un chien méfiant. La seconde : apprenez à vos invités à l'ignorer en arrivant. C'est le chien qui vient, jamais l'inverse.

Combien d'eurasiers en France ?

2 375 chiens inscrits au Livre des origines en 2025, contre 2 306 en 2024, soit une progression de 3 %. Le contexte donne toute sa valeur au chiffre : le groupe 5, celui des spitz et des chiens primitifs, recule de 9 % sur l'année, de 18 020 à 16 375 inscriptions. Autour de l'eurasier, tout descend — spitz allemand − 12 % (2 666), shiba − 5 % (2 429), samoyède − 7 % (1 274), chow-chow − 23 % (532). Le rapprochement le plus frappant concerne ses propres origines : l'eurasier inscrit aujourd'hui plus de quatre fois plus de chiens que le chow-chow, l'une des deux races dont il est issu.

Perd-il beaucoup ses poils ?

Oui, et il faut le savoir avant plutôt qu'après. Le standard décrit un sous-poil épais doublé d'un poil de couverture mi-long : c'est un manteau de spitz, construit pour le froid. Au quotidien, la perte est modérée et un brossage hebdomadaire suffit. Deux fois l'an, en revanche, il se détache par touffes pendant deux ou trois semaines, et le brossage devient quotidien. Ne cédez jamais à la tentation de le tondre : ce double manteau isole du chaud autant que du froid, et le raser en été rend le chien plus vulnérable, pas moins. Un point en sa faveur : le poil est peu odorant et se salit moins qu'on ne le croit — trois bains par an suffisent largement.

Sources

  1. [1]Standard FCI n° 291 — Eurasier — Fédération Cynologique Internationale — 4 septembre 2019 — standard
  2. [2]Inscriptions des chiens de race au LOF en 2025, par groupe de race — Société Centrale Canine — janvier 2026 — registre généalogique officiel
  3. [3]Eurasier — fiche de race et club affilié — Société Centrale Canine — fédération canine nationale
  4. [4]A Deletion in the VLDLR Gene in Eurasier Dogs with Cerebellar Hypoplasia Resembling a Dandy-Walker-Like Malformation — PLOS ONE — Gerber M. et al., université de Berne — janvier 2015 — étude académique
  5. [5]Inferior Cerebellar Hypoplasia Resembling a Dandy-Walker-Like Malformation in Purebred Eurasier Dogs with Familial Non-Progressive Ataxia — PLOS ONE — Bernardino F. et al. — 2015 — étude académique
  6. [6]Cerebellar hypoplasia — Dandy-Walker-like Malformation (DWLM), gène VLDLR et test ADN — Generatio GmbH, Heidelberg — laboratoire de génétique
  7. [7]Eurasier Health Information — dépistages exigés des reproducteurs — Eurasier Society UK — club de race
  8. [8]Hypothyroidism in Animals — Merck Veterinary Manual — référentiel vétérinaire
  9. [9]Nutritional Guidelines for Complete and Complementary Pet Food for Cats and Dogs — FEDIAF — European Pet Food — juillet 2024 — référentiel nutritionnel européen
  10. [10]Certificat d'engagement et de connaissance (loi du 30 novembre 2021, décret du 18 juillet 2022) — Ministère de l'Agriculture et de la Souveraineté alimentaire — texte officiel

Transparence éditoriale

Yanis M.

Fondateur de Canisfera · auteur

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Sarah Decellas

ASV · relecture du 1er septembre 2026

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