
Dogue argentin
Peu de races peuvent citer le nom de leur auteur, sa profession et son cahier des charges. Celle-ci le peut. Le standard désigne le **docteur Antonio Nores Martínez**, chirurgien argentin (1907-1956), qui entreprend dans les années 1920 un « croisement méthodique » à partir de l'ancien chien de combat de Cordoba. Il y ajoute le bulldog anglais, le dogue allemand, le mâtin des Pyrénées, le bull terrier, le pointer, le dogue de Bordeaux et le lévrier irlandais. L'objectif est écrit noir sur blanc : un chien de chasse au sanglier, au pécari et au puma, « silencieux, sans jamais donner de la voix sur la piste », et qui « ne doit jamais être agressif envers l'être humain ».
Au programme : le standard FCI n° 292, sa liste de défauts éliminatoires parmi les plus longues que nous ayons lues — et la surdité qui y figure —, les chiffres de surdité mesurés sur 736 chiens testés, le mécanisme qui relie sa robe blanche à son oreille interne, son statut légal en France comparé à celui du Royaume-Uni, les 439 inscriptions au LOF en 2025, les rations calculées et le budget.
Écrit par Yanis M.Relu par Sarah Decellas, ASVMis à jour le 1er septembre 202614 min de lecture
Coup de cœur— le compteur de lecteurs arrive prochainementL'essentiel
Pour qui ?
Quelqu'un qui a du temps et du terrain
Athlétique, dévoué, sans agressivité envers l'humain au standard. Il demande deux heures par jour, tous les jours.
Combien d'activité ?
Deux heures de terrain
Un chien de chasse au gros gibier. La marche en ville ne remplace rien, et le flair l'occupe mieux que la distance.
Quoi surveiller ?
L'audition et la peau
Test auditif du chiot, sans exception. Et une peau blanche qui prend le soleil sous un poil ras.
Tableau d'identité
| Critère | Mâle | Femelle | Source |
|---|---|---|---|
| Espérance de vie | 10–12 ans | ||
| Prix d'un chiot | 1 200–2 000 € | ||
| Activité quotidienne | 1 h 45 à 2 h 30 | ||
| Pays d’origine | Argentine | [1] | |
| Fonction historique | Chien de chasse pour gros gibier | [1] | |
| Type de poil | Court, lisse et ras | [1] | |
| Tempérament selon le standard | Athlétique, silencieux à la chasse, courageux, jamais agressif envers l'être humain | ||
| Taille au garrot | 60–68 cmLe standard indique une taille idéale de 64 à 65 cm. | 60–65 cmLe standard indique une taille idéale de 62 à 64 cm. | [1] |
| Poids | 40–45 kg | 40–43 kg | [1] |
| couleurs | Blanc pur ; une seule tache foncée admise sur la tête, sur 10 % de sa surface au maximum | [1] | |
| Groupe FCI | 2 · section 1 | [1] | |
Standard FCI n° 292, publié le 10 novembre 2011 — relevé le 1er septembre 2026.Consulter le standard
Origines et histoire
Un auteur, une date, une méthode, un objectif : la cynophilie réunit rarement ces quatre éléments, et le standard les consigne tous.
L’auteur est le docteur Antonio Nores Martínez, chirurgien argentin, né en 1907 et mort en 1956. Sa méthode, le texte la qualifie de « croisement méthodique », et il en donne la matière première : l’ancien chien de combat de Cordoba, auquel s’ajoutent sept races importées.
| Apport | Ce qu’il vient chercher |
|---|---|
| Bulldog anglais | La poitrine et la ténacité |
| Dogue allemand | La taille |
| Mâtin des Pyrénées | La masse et le blanc |
| Bull terrier | L’audace |
| Pointer | L’odorat et la quête |
| Dogue de Bordeaux | La puissance de mâchoire |
| Lévrier irlandais | La vitesse et l’allonge |
L’objectif, lui, ne laisse aucune ambiguïté : un chien de chasse au sanglier, au pécari, au puma et à d’autres prédateurs, travaillant en meute dans les terrains difficiles d’Argentine.
Deux exigences comportementales découlent directement de cet emploi, et le standard les inscrit noir sur blanc. Le chien doit être « silencieux, sans jamais donner de la voix sur la piste » — un chasseur bruyant fait fuir le gibier. Et il « ne doit jamais être agressif envers l’être humain » : une meute de chiens de quarante-cinq kilos manipulée par des hommes à pied n’a pas d’autre option.
Sa place en France
- 439 chiens inscrits au LOF en 2025, contre 440 en 2024 : la race ne bouge pas d’un chien.
- Le groupe 2 cède 3 % dans le même intervalle : 20 768 chiens inscrits en 2024, 20 042 en 2025.
- Les ordres de grandeur du groupe : chien de cour italien 3 465 (+ 3 %), rottweiler 2 836 (+ 4 %), dogue de Bordeaux 517 (− 20 %).
Quatre cent trente-neuf naissances annuelles font du dogue argentin une race confidentielle en France, mais parfaitement stable — ce qui, dans un groupe en repli, mérite d’être noté. La contrepartie saute aux yeux : avec si peu de portées, le choix de reproducteurs se réduit d’autant, et dans une race où le dépistage auditif devrait piloter la sélection, l’ancienneté de l’élevage pèse deux fois plus lourd. La race relève de l’Association française de la sélection du dogue argentin.
Morphologie et particularités physiques
| Rubrique du texte officiel | Ce qui y est inscrit |
|---|---|
| Taille au garrot, mâle | 60 à 68 cm, idéal 64 à 65 cm |
| Taille au garrot, femelle | 60 à 65 cm, idéal 62 à 64 cm |
| Poids du mâle | 40 à 45 kg |
| Poids de la femelle | 40 à 43 kg |
| Type | « Mésomorphe de type normal, avec des proportions harmonieuses » |
| Poil | Court, lisse et ras |
| Robe | « D’un blanc pur » |
| Tache admise | Une seule, sur le crâne, l’oreille ou autour d’un œil, sur 10 % au maximum de la surface de la tête |
Trois observations.
Le standard donne une taille idéale à l’intérieur de la fourchette. C’est peu fréquent : 64-65 cm pour le mâle, 62-64 cm pour la femelle. Le texte ne se contente donc pas d’un cadre, il désigne une cible — et une taille hors limites reste un motif d’exclusion.
La tache est comptée en pourcentage. Une seule tache foncée est admise, sur la tête uniquement, et elle « ne doit pas dépasser les 10 % de la surface de la tête ». Toute tache colorée sur le corps, ou plus d’une tache sur la tête, exclut le chien de la race.
Le dimorphisme sexuel est une exigence. Son absence figure parmi les défauts éliminatoires : un mâle doit se distinguer d’une femelle au premier regard.

Comportement et caractère
Le standard écrit quatre choses, et elles se tiennent.
- « Particulièrement courageux ». C’est un chien de contact au gros gibier ; l’engagement fait partie de son histoire.
- « Silencieux, sans jamais donner de la voix sur la piste ». Contrairement à la plupart des chiens de chasse, il ne s’exprime pas en action. Au quotidien, cela donne un animal remarquablement peu aboyeur.
- Un odorat fin et un « sens inné pour la chasse ». La motivation de prédation est forte et ne se raisonne pas ; elle se canalise et s’occupe.
- « Dévoué sans conditions ni réserves ». L’attachement au foyer est total, et il s’accompagne d’une vraie difficulté à supporter les absences longues.
Puis vient la ligne qui structure toute l’éducation de cette race : il « ne doit jamais être agressif envers l’être humain ». Ce n’est pas une recommandation de courtoisie, c’est un critère de sélection, adossé à une liste de défauts éliminatoires qui commence par l’agressivité et la peur.
Ce que cela impose concrètement :
- une socialisation dense entre deux et quatre mois, avec des gens de tous types, dans des contextes variés ;
- des règles constantes et posées tôt, sur un chien qui atteindra quarante-cinq kilos de muscle ;
- un travail du rappel commencé très jeune, sachant qu’aucun rappel ne l’emportera jamais sur une piste fraîche en terrain ouvert ;
- une fréquentation régulière des autres chiens, ce point demandant plus d’attention que le rapport à l’humain.
Vie sociale : autres chiens, autres animaux, enfants
Les enfants du foyer trouvent chez lui un chien attaché et tolérant. Le risque n’est pas dans l’intention mais dans la cinétique : quarante-cinq kilos lancés en plein jeu ne repèrent pas un enfant de cinq ans sur leur trajectoire.
Ses congénères demandent une lecture honnête. Le standard verrouille le rapport à l’humain ; il reste muet sur le rapport aux autres chiens. Or cette race descend d’un chien de combat de Cordoba et travaillait en meute au contact du gros gibier. La tolérance entre mâles adultes n’a donc rien d’automatique : elle se construit dès les premières semaines, se pilote ensuite par le choix des fréquentations, et ne s’expérimente jamais un dimanche après-midi dans un parc saturé.
Chats et petits animaux appellent une vraie prudence. Un chien conçu pour le pécari et le puma garde une motivation de prédation considérable. Élevé avec eux, il cohabite ; présenté à trois ans, beaucoup moins.
Face aux visiteurs, attendez-vous à un accueil sobre, sans hostilité — exactement ce que le texte demande.
Environnement idéal
| Ce qu’il faut | Pourquoi |
|---|---|
| Une clôture qui tient | Une piste intéressante lui fait franchir ce qu’il y a à franchir |
| Deux heures de terrain quotidiennes | C’est la contrainte réelle, bien avant la surface disponible |
| De l’ombre l’été | Peau claire et poil ras : aucune race de ce site n’est plus exposée au soleil |
| Une présence humaine | « Dévoué sans conditions », il tolère mal dix heures d’absence par jour |
| Une vie à l’intérieur | Sans sous-poil digne de ce nom, le chenil ne lui convient pas et le froid le gêne |
L’appartement n’est pas interdit par principe ; il est écarté par le calcul. Deux heures de terrain varié chaque jour, y compris en février, cela se planifie ou cela ne se fait pas.
Activité physique et sorties
Deux heures de terrain varié par jour, à quelques minutes près. Ce chiffre est le plancher d’un animal dont le standard décrit l’aptitude à la chasse au sanglier et au puma.
Le programme qui lui va : de l’olfaction, sous toutes ses déclinaisons — pistage, quête d’objets dissimulés, exploration en sous-bois ; des sorties longues en milieu naturel, en changeant régulièrement de décor ; et des activités qui demandent autant de tête que de jarret, bien plus fatigantes pour lui que le kilométrage.
Trois points à garder en tête. La charpente n’est pas achevée avant deux ans, même quand la silhouette laisse croire le contraire : l’effort se fractionne. Hors clôture, la longe reste la règle, parce qu’un chien de quête engagé sur une piste s’éloigne vite et loin. Et la chaleur le limite davantage par la peau que par le souffle.
Un dogue argentin correctement employé se montre calme à la maison. Chez cette race, l’agitation domestique trahit presque toujours une sous-utilisation.
Cadre légal : la France et le Royaume-Uni
Cette section existe parce que la même race relève de deux régimes opposés à deux heures d’avion l’un de l’autre.
En France : aucune catégorie
Tout repose sur l’arrêté du 27 avril 1999, qui ne retient que trois familles morphologiques :
- 1re catégorie — les chiens dépourvus de pedigree que leur morphologie rapproche des types american staffordshire terrier, mastiff ou tosa ;
- 2e catégorie — les american staffordshire terriers, rottweilers et tosas régulièrement inscrits à un livre des origines.
Le dogue argentin est absent de cette liste, quelle que soit sa situation généalogique. Il n’existe donc pour lui ni permis de détention, ni obligation de muselière, ni évaluation comportementale imposée. Ce vide réglementaire ne change évidemment rien à la responsabilité du détenteur au titre du droit commun, et quarante-cinq kilos aggravent mécaniquement l’ampleur d’un dommage.
Au Royaume-Uni : race interdite
Le Dogo Argentino figure parmi les cinq races interdites par la législation britannique, aux côtés du pit bull terrier, du tosa japonais, du fila brasileiro et de l’XL bully. Détenir un tel chien y suppose un certificat d’exemption, et impose la stérilisation, l’identification électronique, la laisse et la muselière en public, et un lieu de détention sécurisé. Le vendre, le donner, l’abandonner ou le faire reproduire est illégal. Les sanctions vont jusqu’à une amende non plafonnée, six mois d’emprisonnement, et l’euthanasie de l’animal.
Ce que cela change pour un propriétaire français : rien sur le territoire national, tout dès qu’un déplacement est envisagé. Vérifiez la réglementation du pays de destination avant tout voyage — plusieurs États européens appliquent des restrictions comparables.
Santé et prédispositions
Un sujet domine cette fiche, il est mesurable, et le standard lui-même le prend au sérieux.
La surdité, et les chiffres
Fait remarquable : le standard traite la surdité comme un motif d’exclusion de la race. Très peu de textes officiels vont jusqu’à écarter un chien pour un déficit sensoriel.
Les relevés de dépistage compilés par l’école vétérinaire de Louisiane éclairent cette sévérité.
| Résultat au test | Part des 736 dogues argentins examinés |
|---|---|
| Audition normale des deux côtés | 73,5 % (541 chiens) |
| Déficit d’un seul côté | 20,9 % (154 chiens) |
| Déficit des deux côtés | 5,6 % (41 chiens) |
| Au moins une oreille atteinte | 26,5 % (195 chiens) |
Soit un chien sur quatre. Et surtout : quatre cas sur cinq n’affectent qu’une oreille.
Pourquoi cela ne se voit pas
Voilà le message central de cette fiche. Une atteinte unilatérale échappe à toute observation. Le chien situe mal l’origine d’un bruit, mais il compense, et la plupart des animaux s’y adaptent si bien que rien ne transparaît. Ni un claquement de mains derrière la tête, ni l’impression d’un éleveur, ni le comportement d’un chiot dans une portée ne renseignent sur son audition.
Il n’existe donc qu’une conduite valable : réclamer le résultat écrit de l’examen auditif, pratiqué chez un vétérinaire équipé. Dans une race dont le propre standard écarte les chiens sourds, ce n’est pas une précaution superflue.
Le mécanisme, en clair
Le pigment ne sert pas qu’à colorer un poil. Les gènes de robe blanche suppriment les mélanocytes, les cellules pigmentaires, et notamment celles qui occupent la strie vasculaire, une structure de l’oreille interne. Ces cellules maintiennent l’équilibre chimique du liquide de la cochlée. Privée d’elles, la circulation sanguine de la cochlée dégénère, les cellules sensorielles disparaissent, et l’audition se perd.
Le calendrier est connu et instructif : chez le dalmatien, sur lequel le phénomène a été étudié en détail, l’audition se développe normalement jusqu’à trois semaines de vie, âge auquel la dégénérescence produit une perte rapide. Un chiot blanc naît donc entendant et devient sourd — raison pour laquelle aucun éleveur ne peut le repérer à la naissance.
Vivre avec une audition partielle
Savoir vaut infiniment mieux qu’ignorer, et un déficit n’est pas une catastrophe.
Un chien atteint d’un seul côté mène une existence ordinaire. Sa seule limite tient à la localisation des sons, ce qui devient sensible aux abords d’une route ou d’un parking.
Un chien atteint des deux côtés se travaille très bien au geste et vit parfaitement heureux — mais il ne pourra jamais évoluer en liberté hors d’un espace clos, et cette contrainte structure toute une organisation familiale. Elle se choisit en connaissance de cause, elle ne se découvre pas à deux ans.
La peau et le soleil
Le standard exige un blanc pur, avec au plus une tache foncée sur la tête. Sous un poil court et ras, cela signifie une peau largement dépigmentée, exposée sur la truffe, le contour des yeux, les oreilles et le ventre quand le chien se couche sur le dos.
En pratique : ombre disponible aux heures chaudes, protection solaire vétérinaire sur les zones nues en été, et surveillance de toute rougeur qui persiste. Les brûlures répétées ne sont pas anodines sur le long terme.
Notez d’ailleurs que le standard va dans le même sens en matière de pigmentation : une truffe encore dépigmentée passé deux ans ou de couleur marron, tout comme des yeux bleus, valent exclusion.
La croissance
Un chiot qui atteindra quarante-cinq kilos de muscle mérite une croissance freinée plutôt que poussée. Le référentiel nutritionnel européen plafonne d’ailleurs le calcium des aliments destinés aux chiots dépassant quinze kilos adultes. En clair : aliment junior grandes races, aucune supplémentation minérale, et effort fractionné jusqu’à deux ans.
| Affection | Fréquence | Dépistage | Source |
|---|---|---|---|
| Surdité congénitale | 26,5 % sourds d'au moins une oreille, sur 736 chiens20,9 % d'un seul côté et 5,6 % des deux. Le standard lui-même traite la surdité comme un motif d'exclusion de la race | Test auditif du chiot avant la vente, sans exception | [4] |
| Dysplasie de la hanche | Dépistage exigé par le programme de santé du club de raceL'évaluation officielle des hanches figure parmi les trois examens obligatoires pour qu'un dogue argentin obtienne un numéro de santé CHIC, avec le test auditif et l'examen cardiaque | Radiographie officielle des deux parents, résultat exigé avant réservation | [8] |
| Affection cardiaque | Examen cardiologique obligatoire à partir de 12 moisLe club de race place l'évaluation cardiaque au même rang que la surdité et les hanches parmi ses examens obligatoires | Auscultation par un vétérinaire cardiologue sur les reproducteurs | [8] |
| Thyroïdite auto-immune | Examen complémentaire retenu par le club de raceElle figure parmi les quatre examens électifs proposés par le programme de santé, avec les coudes, l'examen oculaire et le dépôt d'ADN | Dosage thyroïdien devant une prise de poids ou un poil terne | [8] |
| Nanisme disproportionné (gène PRKG2) | Anomalie propre à la race, visible vers l'âge de 2 moisVariante du site d'épissage c.1634+1G>T, de transmission autosomique récessive à pénétrance complète : membres raccourcis, déviation du carpe en dehors, fermeture prématurée du cartilage de croissance. La variante était absente des 795 génomes témoins analysés | Test ADN des deux reproducteurs | [9] |
| Carcinome épidermoïde d'origine solaire | Peau blanche non pigmentée sous un poil ras : le facteur de risque établiL'exposition prolongée au soleil sur une peau peu pigmentée et peu couverte de poil précède l'apparition de kératoses solaires puis de tumeurs, sur l'abdomen, l'aine et le périnée | Ombre aux heures chaudes ; toute croûte persistante sous le ventre se montre | [10] |
Entretien et hygiène
La fourrure ne demande presque rien ; la peau, beaucoup plus.
- Brossage : une séance hebdomadaire au gant de caoutchouc suffit. La mue est discrète mais permanente, et ces poils blancs et courts se remarquent sur les tissus foncés.
- Bain : trois ou quatre fois l’an, avec un produit doux.
- Inspection cutanée : passez en revue le ventre, les aisselles et les espaces interdigités. Toute rougeur, tout bouton, toute zone que le chien gratte se signale rapidement.
- Exposition solaire : les surfaces peu poilues se protègent en été, et les longues siestes en plein soleil se découragent.
- Oreilles : une vérification par mois, et systématiquement au retour d’un terrain broussailleux.
- Coussinets : à examiner après la caillasse comme après le gel.
- Griffes : le terrain les use, le jardin non — un contrôle toutes les trois semaines s’impose dans le second cas.
Alimentation et ration
Les rations ci-dessous ne recopient aucune étiquette : elles sont calculées avec la formule des lignes directrices nutritionnelles européennes (FEDIAF, juillet 2024) — besoin quotidien en kcal = coefficient × poids en kg puissance 0,75. Le coefficient vaut 95 pour un chien calme ou stérilisé, 110 pour un chien actif. Les grammages supposent un aliment titrant 380 kcal aux 100 g : si le vôtre est plus riche ou plus pauvre, fiez-vous à la colonne des kilocalories et refaites la division.
Deux précisions propres à cette race :
- La fourchette de poids du standard est étroite — 40 à 45 kg chez le mâle, 40 à 43 kg chez la femelle. Contrairement à beaucoup de molossoïdes, il existe donc ici une référence chiffrée, et elle sert de repère.
- Un chien qui travaille en saison consomme nettement plus que ne l’indique le coefficient 110, surtout par temps froid. Ajustez à la palpation plutôt qu’au tableau, puis redescendez hors saison — c’est à ce moment-là que le surpoids s’installe.
| Profil | Besoin quotidien | Ration | Source |
|---|---|---|---|
| 40,2 kg — femelle au standard, entretien | 1517 kcal | 397–401 g | [11] |
| 42,9 kg — femelle adulte, entretien | 1592 kcal | 417–421 g | [11] |
| 42,9 kg — même chienne, en saison de chasse | 1844 kcal | 483–487 g | [11] |
| 44,3 kg — mâle adulte, entretien | 1631 kcal | 427–431 g | [11] |
| 44,3 kg — même chien, en saison de chasse | 1889 kcal | 495–499 g | [11] |
| 45,6 kg — mâle lourd, ration de maintien | 1667 kcal | 437–441 g | [11] |
Calcul : Besoin quotidien (kcal) = coefficient × poids(kg)^0,75. Rations exprimées pour une croquette à380 kcal/100 g —[11]. Vérifiez la densité indiquée sur votre sac : elle change le résultat.
Le chiot
Un document décide de cet achat, et il ne se discute pas.
L’attestation écrite de l’examen auditif du chiot. Ni parole donnée, ni impression, ni « ils entendent tous parfaitement ». Dans une race où plus d’un chien testé sur quatre présente un déficit et où quatre cas sur cinq échappent au regard, c’est la seule donnée qui compte. Demandez au passage l’historique de la lignée : un élevage qui teste depuis plusieurs générations sait exactement ce qu’il produit.
Viennent ensuite :
- la cotation officielle des hanches sur le père comme sur la mère ;
- le pedigree remontant à trois générations, dans une race qui n’enregistre que quatre cents naissances françaises par an ;
- le détail du travail de socialisation mené entre la cinquième et la huitième semaine, décisif sur un chien de ce gabarit ;
- l’occasion de voir la mère là où elle vit.
Enfin, une question que les bons élevages posent avant vous : qu’attendez-vous de ce chien ? Un échange qui débute ainsi annonce généralement du sérieux.
- 5–8 semaines
Chez l'éleveur : c'est l'âge où le test auditif se pratique. Un résultat écrit, pour chaque chiot, ou l'on regarde ailleurs.
- 2–4 mois
Socialisation intensive et apprentissage du contact avec des inconnus. Le standard veut un chien jamais agressif envers l'humain ; cela se construit maintenant.
- 4–12 mois
Rappel et travail de flair en terrain varié. Effort fractionné : la charpente n'est pas terminée quand la silhouette l'est déjà.
- 12–24 mois
Montée en charge progressive, radiographies officielles des hanches, et contrôle de la pigmentation de la truffe, que le standard exige complète à deux ans.
Variantes de race
Aucune variété officielle ici : un texte unique, une taille de référence, une robe et une seule. Le standard défend d’ailleurs cette unicité avec une fermeté peu commune, en écartant de la race :
- le poil long ;
- toute tache colorée sur le corps ;
- l’existence de plus d’une tache sur la tête ;
- les yeux bleus, ou de deux couleurs différentes ;
- une truffe marron, ou demeurée dépigmentée passé le cap des deux ans.
Ce qui se vend sous les étiquettes « dogue argentin bleu », « à poil long » ou « bringé » désigne donc un chien que son propre standard ne reconnaît pas.
Deux molossoïdes blancs prêtent par ailleurs à confusion :
| Dogue argentin (FCI 292) | Mâtin des Pyrénées | Bull terrier blanc | |
|---|---|---|---|
| Pays d’origine | Argentine | Espagne | Grande-Bretagne |
| Emploi au standard | Chasse au gros gibier | Protection du troupeau | Terrier |
| Fourrure | Courte et ras | Longue et fournie | Courte et plate |
| Garrot du mâle | 60 à 68 cm | Sensiblement plus haut | Non chiffré au standard |
Le mâtin des Pyrénées a d’ailleurs participé à la création du dogue argentin : une part de son blanc vient de là.
Prix et budget
Montants indicatifs. Trois postes appellent un commentaire.
L’examen auditif du chiot, 90 à 180 €. Les meilleurs élevages le pratiquent d’office et l’intègrent au prix : cette configuration vaut qu’on la paie. Ailleurs, la dépense vous incombe, et elle pèse peu face à ce qu’elle vous révèle du compagnon des douze prochaines années.
La protection solaire et les soins cutanés, 70 à 160 € par an. Peu de fiches budgètent cette ligne, qui découle pourtant directement du texte officiel : un blanc pur sur un poil ras, c’est une peau exposée la moitié de l’année.
Le matériel de terrain, 70 à 170 € annuels — longe, harnais, éventuellement dispositif de repérage — auxquels beaucoup de propriétaires ajoutent le carburant nécessaire pour atteindre des espaces convenables. Rien de superflu dans une race qui exige deux heures quotidiennes de qualité.
Le reste correspond à ce qu’on attend d’un chien de quarante-cinq kilos : 620 à 1 000 € d’alimentation annuelle, des antiparasitaires dosés au poids, une prime d’assurance dans la moyenne haute. Mais ce qui coûte le plus dans cette race ne figure sur aucune ligne comptable : c’est le temps.
| Poste | Fourchette | Périodicité |
|---|---|---|
| Chiot inscrit au LOF | 1 200 € – 2 000 € | une fois |
| Identification, primo-vaccination, premier bilan | 180 € – 280 € | une fois |
| Test auditif du chiot | 90 € – 180 € | une fois |
| Stérilisation ou castration | 350 € – 650 € | une fois |
| Alimentation | 620 € – 1 000 € | par an |
| Vaccins et visite annuelle | 110 € – 190 € | par an |
| Antiparasitaires, dosage grand chien | 180 € – 310 € | par an |
| Protection solaire et soins de peau | 70 € – 160 € | par an |
| Équipement de terrain et longe | 70 € – 170 € | par an |
| Assurance responsabilité civile et santé | 420 € – 900 € | par an |
- Première année
- 3 290 € – 5 840 €
- Les années suivantes
- 1 470 € – 2 730 €
Fourchettes indicatives, relevées sur le marché français : elles varient selon la région, l'élevage et le vétérinaire.
Questions fréquentes
Le dogue argentin est-il interdit en France ?
Non. La liste française est fixée par l'arrêté du 27 avril 1999 et ne vise que trois familles morphologiques : les types american staffordshire terrier, mastiff et tosa dépourvus de pedigree pour la 1re catégorie, et les american staffordshire terriers, rottweilers et tosas inscrits à un livre des origines pour la 2e. Le dogue argentin n'y figure sous aucune forme. Ni permis de détention, ni muselière imposée, ni évaluation comportementale obligatoire. Le contraste avec le Royaume-Uni est en revanche total : le Dogo Argentino y fait partie des cinq races interdites par la législation britannique, aux côtés du pit bull terrier, du tosa japonais, du fila brasileiro et de l'XL bully. Là-bas, détenir un tel chien suppose un certificat d'exemption, la stérilisation, l'identification, la laisse et la muselière en public — et le vendre, le donner ou le faire reproduire est illégal.
Un dogue argentin sur quatre est-il vraiment sourd ?
Les chiffres testés disent exactement cela, et ils viennent de la compilation de l'école vétérinaire de Louisiane. Sur 736 dogues argentins passés au test : 73,5 % entendent des deux oreilles, 20,9 % sont sourds d'un seul côté, 5,6 % le sont des deux. Soit 26,5 % de chiens sourds d'au moins une oreille. Le point le plus important n'est pas le total mais sa répartition : les quatre cinquièmes des cas sont unilatéraux, c'est-à-dire invisibles. Un chien sourd d'une oreille localise mal les sons, mais il compense, et la plupart s'adaptent au point que personne ne s'en aperçoit. Aucun comportement de chiot ne permet donc de conclure — seul un examen instrumental tranche. Ce n'est pas une option dans cette race : exigez le résultat écrit du test auditif.
Pourquoi les chiens blancs sont-ils sourds ?
Parce que le pigment ne sert pas qu'à la couleur du poil. Les gènes de robe blanche suppriment les mélanocytes, les cellules pigmentaires — y compris celles qui se trouvent dans une structure de l'oreille interne appelée strie vasculaire. Or ces cellules maintiennent l'équilibre chimique du liquide de la cochlée. Sans elles, la circulation sanguine de la cochlée dégénère, les cellules sensorielles disparaissent à leur tour, et l'audition se perd. Le calendrier est précis : chez le dalmatien, sur lequel le phénomène a été étudié en détail, l'audition se développe normalement jusqu'à trois semaines, âge auquel la dégénérescence produit une perte rapide. Autrement dit, un chiot blanc naît entendant et devient sourd — ce qui explique qu'aucun éleveur ne puisse le détecter à la naissance.
Que dit exactement son standard sur le caractère ?
Il est plus explicite que la plupart. Le texte décrit un chien « particulièrement courageux », « silencieux, sans jamais donner de la voix sur la piste », doté d'un odorat fin et d'un « sens inné pour la chasse », et « dévoué sans conditions ni réserves ». Puis il pose une limite qui ne se négocie pas : le dogue argentin « ne doit jamais être agressif envers l'être humain ». L'agressivité et la peur figurent d'ailleurs en tête d'une liste de défauts éliminatoires particulièrement longue. Ce que cela signifie pour un acheteur : un chien de cette race qui menace des personnes n'exprime pas son type, il en sort — et cela se joue à la fois sur la sélection de l'élevage et sur la socialisation des premiers mois.
Quelle est la liste des défauts éliminatoires, et pourquoi est-elle si longue ?
Parce que ce standard verrouille à la fois le caractère, la pigmentation et l'audition. Outre l'agressivité et la peur, il exclut de la race : la surdité, le prognathisme, le manque de type, le poil long, une truffe restée dépigmentée après deux ans, une truffe marron, des lèvres tombantes, des taches colorées sur le corps, plus d'une tache sur la tête, une taille hors limites, des yeux bleus ou de couleurs différentes, et le manque de dimorphisme sexuel. Trois observations. La présence de la surdité dans cette liste est remarquable : peu de standards font d'un déficit sensoriel un motif d'exclusion. Les exigences de pigmentation — truffe, yeux — ne sont pas cosmétiques : elles vont dans le même sens que la surdité. Et le poil long y figure aussi, ce qui écarte les chiens vendus comme « dogue argentin à poil long ».
Peut-on avoir un dogue argentin sans chasser ?
Oui, mais pas sans le remplacer. Son standard le classe en chien de chasse pour gros gibier — sanglier, pécari, puma — et décrit un athlète endurant à l'odorat fin. Deux heures quotidiennes de terrain varié constituent le plancher, pas l'objectif, et la promenade urbaine ne vaut pas grand-chose face à ce cahier des charges. Ce qui fonctionne : le travail de flair sous toutes ses formes, de longues sorties en terrain naturel, des activités qui associent effort et réflexion. Ce qui ne fonctionne pas : un jardin, même grand, et trois quarts d'heure de laisse le soir. Posez-vous la question à l'envers avant d'acheter — qu'aura-t-il à faire de ses journées ?
Combien de dogues argentins en France ?
439 chiens inscrits au Livre des origines en 2025, contre 440 en 2024 : la race est parfaitement stable, dans un groupe 2 qui recule de 3 % (de 20 768 à 20 042 inscriptions). Pour situer les ordres de grandeur du groupe : le chien de cour italien inscrit 3 465 chiens (+ 3 %), le rottweiler 2 836 (+ 4 %), le dogue de Bordeaux 517 (− 20 %). Avec un peu plus de quatre cents naissances annuelles, le dogue argentin reste une race confidentielle en France. La conséquence pratique est directe : le vivier de reproducteurs est étroit, et dans une race où le dépistage auditif devrait conditionner la sélection, l'antériorité de l'élevage et les résultats de la lignée pèsent plus que partout ailleurs. La race relève de l'Association française de la sélection du dogue argentin.
Sources
- [1]Standard FCI n° 292 — Dogo Argentino — Fédération Cynologique Internationale — 10 novembre 2011 — standard
- [2]Inscriptions des chiens de race au LOF en 2025, par groupe de race — Société Centrale Canine — janvier 2026 — registre généalogique officiel
- [3]Dogue argentin — fiche de race et club affilié — Société Centrale Canine — fédération canine nationale
- [4]Deafness in Dogs & Cats — incidence de la surdité congénitale par race — Dr George M. Strain, School of Veterinary Medicine, Louisiana State University — 6 février 2020 — école vétérinaire
- [5]Congenital Deafness and Its Recognition — mécanisme, gènes de robe et détection — Dr George M. Strain, School of Veterinary Medicine, Louisiana State University — école vétérinaire
- [6]Controlling your dog in public — banned dogs — Gouvernement du Royaume-Uni, GOV.UK — texte officiel étranger
- [7]Chien dangereux : catégories, permis de détention et obligations — Service-Public.gouv.fr — Direction de l'information légale et administrative — texte officiel
- [8]Health Programs — examens exigés et électifs pour le dogue argentin — Dogo Argentino Club of America — club de race officiel
- [9]PRKG2 Splice Site Variant in Dogo Argentino Dogs with Disproportionate Dwarfism — Genes — Leeb T. et coll. — 2021 — étude académique
- [10]Epidermal and Hair Follicle Tumors in Animals — carcinome épidermoïde d'origine solaire — Merck Veterinary Manual — référentiel vétérinaire
- [11]Nutritional Guidelines for Complete and Complementary Pet Food for Cats and Dogs — FEDIAF — European Pet Food — juillet 2024 — référentiel nutritionnel européen
- [12]Certificat d'engagement et de connaissance (loi du 30 novembre 2021, décret du 18 juillet 2022) — Ministère de l'Agriculture et de la Souveraineté alimentaire — texte officiel
Transparence éditoriale
Yanis M.
Fondateur de Canisfera · auteur
À propos de Yanis →Sarah Decellas
ASV · relecture du 1er septembre 2026
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